L’innocence de Kore-Eda à ne pas manquer au cinéma | Partenariat cinéma.

Ne manquez pas L’Innocence de Hirokazu Kore-Eda, en salles le 27 décembre prochain. Accompagnée par l’association L’Onde Bleue, en partenariat avec le distributeur Le Pacte, la sortie de ce nouveau film du cinéaste japonais s’inscrit dans une démarche de sensibilisation forte. Présenté au Festival de Cannes 2023 sous le titre Monster, le long métrage a reçu la Queer Palm ainsi que le prix du scénario lors de la 76e édition.

À travers le quotidien d’un établissement scolaire, L’Innocence met en lumière le comportement troublant de Minato, un enfant dont l’attitude inquiète sa mère, déjà fragilisée par la perte de son mari. Face à l’inertie apparente de l’institution, elle confronte l’équipe éducative et accuse le professeur de son fils. Mais le récit se déploie progressivement selon trois points de vue distincts, celui de la mère, celui de l’enseignant, puis celui des enfants, révélant une réalité bien plus complexe que les premières impressions. Le film questionne frontalement la facilité avec laquelle on désigne un coupable, sans toujours chercher à comprendre les mécanismes profonds à l’œuvre.

Le cinéaste aborde avec une grande finesse les défaillances de la communication entre l’école, les familles et les enfants, et montre comment l’absence d’écoute peut conduire à des drames silencieux. Le film met en garde contre la lecture hâtive des signaux faibles, l’impuissance parentale et institutionnelle, et le poids destructeur des rumeurs. Il explore aussi la frontière fragile entre le monde de l’enfance et celui des adultes, deux réalités souvent dissonantes.

Le harcèlement scolaire est au cœur du récit. À force de subir pressions et humiliations, l’enfant harcelé développe une distorsion profonde de sa perception de lui-même et du monde. Pris sous emprise, il se replie, se tait, et finit par intérioriser le regard de ses persécuteurs. Toute différence devient une faute à effacer. Dans le film, Minato en vient à se percevoir comme un monstre, à se déshumaniser, validant malgré lui la violence subie et perdant peu à peu toute estime de soi.

La métaphore de l’escalier de verre, filmée comme la sortie d’une tempête, illustre l’impossibilité d’un retour à l’état initial une fois la vérité révélée. Dire la souffrance change irrémédiablement le regard des autres, mais reste indispensable pour briser le silence et engager une responsabilité partagée. La communication ouverte devient alors un levier essentiel pour comprendre, réparer et prévenir.

La construction narrative du film rappelle l’importance de recueillir toutes les versions d’une même histoire, celles des parents, des enseignants, de la victime, mais aussi de celui désigné comme harceleur. Sans cet espace de parole, on condamne sans comprendre, et l’absence d’empathie alimente la répétition des violences. Le film rejoint ainsi des approches éducatives fondées sur l’écoute active et la communication bienveillante, indispensables pour limiter les récidives.

Enfin, L’Innocence souligne avec justesse les signes d’alerte que les parents doivent apprendre à reconnaître, changements soudains de comportement, évitement de l’école, dénigrement de soi, conduites à risque. Il dresse également un portrait critique du système éducatif japonais, marqué par la pression administrative, le poids des associations de parents et une conception encore autoritaire de l’éducation.

Œuvre profondément humaine, L’Innocence est une réflexion sensible et nécessaire sur le harcèlement scolaire, la responsabilité collective et la puissance salvatrice de l’écoute. Un film qui rappelle que l’empathie et la communication ne sont pas des options, mais des urgences.

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