Portrait-Interview de Frantz Maillart

1/ Bonjour Frantz. Certains te connaissent depuis une certaine émission TV, d’autres te découvrent. Peux-tu nous parler de ton parcours, sachant que ton histoire est riche, semée d’épreuves et aux yeux de la plupart d’entre nous, un modèle de résilience ?
Bonjour, et merci du fond du cœur pour ces mots. Mon histoire, c’est celle d’un enfant né sous X du côté de son père et abandonné par sa mère biologique quelques mois après sa naissance. J’ai été placé à 8 mois par la DDASS dans une famille d’accueil aimante dans le Médoc, le pays de la chocolatine, avec ma sœur Johanna*. À 6 ans, tout a basculé : j’ai appris que ceux que j’appelais « papa » et « maman » n’étaient pas mes parents biologiques. Ce fut un choc. Une déchirure, une énorme claque. Niveau surprise, il est clair que ce n’était pas un Kinder (rires).
Mais j’ai eu une chance immense : croiser la route d’un homme qui m’a tout appris, mon grand-père adoptif, mon Papi Roro. Grâce à lui, j’ai appris à jardiner, à respecter la nature, à écouter la vie… et à fuir les Feux de l’Amour en douce quand ça devenait trop kitsch. J’ai connu l’armée, les galères, l’abandon, les humiliations… mais j’ai aussi connu l’amour, le rire, l’art et le rêve.
Un soir de 2004, j’ai rendu hommage à ma mère d’accueil à la télé dans Y’a que la vérité qui compte. Ce moment a marqué ma vie — et celle de milliers de gens qui m’ont vu. C’était le début d’une vocation. Aujourd’hui, je suis acteur, auteur, fondateur et directeur artistique de Mad In Frantz Prod. Et je suis aussi un ambassadeur de l’espoir pour tous ceux qui se sentent seuls, différents, oubliés. Si je suis encore debout, c’est parce que j’ai choisi de croire en mon rêve, celui de devenir comédien.

*Le prénom a été changé pour préserver son anonymat.

2/ Tu as exprimé un plaidoyer pour la vie, pour le rêve, à travers ton livre sorti en 2023 : « Mon rêve m’a sauvé la vie ». Peux-tu nous en dire quelques mots ?
Mon rêve m’a sauvé la vie, ce n’est pas juste un titre ou un slogan marketing. C’est un témoignage- vérité, un cri du cœur. Un bras tendu à tous ceux qui ont eu envie de lâcher. Mon rêve de devenir comédien, de monter sur scène, d’émouvoir, de faire rire… m’a littéralement empêché de sombrer. Ce rêve m’a tenu debout quand plus rien n’avait de sens. Rêver d’être comédien, d’entrer dans la lumière, alors que j’ai grandi dans l’ombre des silences. Dans ce livre autobiographique, je raconte tout : l’abandon, les violences invisibles, le placement, les injustices, les galères, les échecs, mais aussi les petits miracles, les rencontres, les instants de grâce et les coups de théâtre de mon destin. J’ai voulu écrire en quelque sorte ma version des Misérables, mais avec plus d’humour et surtout d’amour. Cet ouvrage est une lettre d’amour à tous ceux qui, comme moi, ont cru qu’ils ne valaient rien. Ce livre est une lumière pour les enfants placés, pour ceux qui doutent, pour ceux qui se cherchent. C’est un cri du cœur : « Tu n’es pas ce que tu as subi. Tu es ce que tu choisis de devenir. » Mon credo : « Sois acteur de ta vie, et non un spectateur, pour ne pas la subir. »

3/ Tu cites les œuvres de Marcel Pagnol comme modèles et tu évoques ton défunt
grand-père Papy Roro comme socle, telle une vraie boussole et un moteur pour toi ? Pourquoi, qu’est-ce que ça t’évoque ?

Marcel Pagnol, c’est ma Madeleine de Proust. Ses films, c’est l’enfance, les paysages du Sud, la simplicité, la vérité brute, la poésie des gens simples. Il m’a appris que les émotions les plus fortes naissent dans les histoires les plus simples. C’est ce que je veux raconter : les petits drames qui font les grandes âmes.
Et mon Papi Roro… comment dire ? C’est le chef-d’œuvre de ma vie. Il aurait mérité son propre film ! Mais au lieu de Cannes, lui, c’était ses rangs de tomates qu’il chérissait. Il était et reste mon modèle. Humble, drôle, courageux. Ancien déporté, amoureux de la terre, il m’a transmis bien plus que des leçons de jardinage : il m’a transmis la vie. Il croyait en moi.
Il voyait l’enfant derrière le clown. Il m’appelait « Frank », parce qu’il n’arrivait pas à dire « Frantz ». Est-ce parce que ce prénom à consonance allemande lui faisait remonter trop de mauvais souvenirs ? Je n’en sais rien, mais une chose est certaine, il vivra à jamais en moi, dans mon cœur, dans ma façon de me relever chaque fois que la vie tente de m’abattre.

4/ Tu t’investis aussi avec les enfants, les jeunes. Tu as réalisé des actions avec eux,
des familles, des associations… De quelle manière ?

Oui, je suis un enfant placé devenu adulte engagé. Je vais là où j’aurais aimé qu’on vienne quand j’étais petit. Chaque année, des milliers de personnes vivent l’enfer silencieux du harcèlement- scolaire, social ou professionnel -, des violences psychologiques ou physiques, souvent sans croire à un avenir meilleur.

L’Observatoire National de la Vie Étudiante souligne que 38 % des jeunes âgés de 15 à 25 ans déclarent avoir été victimes de harcèlement scolaire, et 70 % des cas ne sont jamais signalés aux autorités ou à leur entourage. Ces chiffres alarmants démontrent l’ampleur du problème et la nécessité d’intervenir pour rompre ce cycle de souffrance.
En ce qui concerne les jeunes issus de l’aide sociale à l’enfance, 65 % rencontrent des
difficultés sociales et économiques à l’âge adulte, notamment dans l’accès à l’emploi, au logement ou à la stabilité émotionnelle. Ces statistiques de l’INSEE montrent combien il est crucial de leur offrir des modèles positifs et des outils concrets pour reprendre confiance en eux et en l’avenir. Je participe ainsi à divers événements liés à la protection de l’enfance et des familles, via des actions gouvernementales et des associations. J’ai des soutiens institutionnels précieux :

    – Jean Castex, Adrien Taquet, Charlotte Caubel, le cabinet de Brigitte Macron – et je suis partenaire de la mission locale des Hauts de Garonne.

    Je témoigne avec authenticité et sans filtre, en adoptant une posture de grand frère ou de référent, accessible et bienveillant. Je parle vrai, je parle simple, et je tends la main, en transmettant des valeurs fortes comme la résilience et la confiance en soi.
    J’envisage aussi d’organiser des ateliers d’expression orale, d’improvisation, ou de théâtre- thérapie. Je raconte mon histoire pour que d’autres osent raconter la leur. Et surtout, je leur dis : « Vous avez le droit de rêver, vous avez le droit d’être heureux, vous avez le droit de réussir, même si vous venez de loin. » Et si je peux leur éviter ne serait-ce qu’une larme, une chute, un silence, alors tout ce que j’ai vécu prend un sens.

    5/ Quel message veux-tu délivrer pour nos lecteurs ?
    Un message d’amour, d’espoir et de puissance : « Vous n’êtes pas ce que vous avez subi, vous êtes ce que vous choisissez de devenir. Votre histoire est votre force. Votre rêve est votre moteur. Votre cœur est votre guide. Ne laissez jamais personne éteindre votre lumière, qui que vous soyez. Vous avez le droit d’être différents, d’avoir un parcours en zigzag, d’être hypersensibles, roux, ou de préférer les cannelés aux cupcakes (rire). Vous avez le droit de briller. Écoutez votre intuition. Elle sait. Elle vous parle de ce que vous êtes venus vivre ici : une vie libre, vibrante, digne, belle. Même si c’est dur, même si c’est lent, gardez le cap. »

    6/ Tes projets actuels ?
    Alors là… sortez les pop-corns (rires) ! Je suis un hyperactif, donc il y en a beaucoup. Mais avec une bonne organisation et une équipe sérieuse, tout est possible. Je poursuis l’adaptation de mon livre en une douzaine de nouvelles d’éveil pour enfants, autour de sujets de société comme le harcèlement, l’échec scolaire, l’abandon, l’IA, la résilience…
    En parallèle, je travaille sur une adaptation théâtrale immersive de mon livre avec deux artistes talentueux, Safia Bouadan et Nicolas Guillaume. J’aimerais aussi porter mon histoire à l’écran pour qu’elle touche encore plus de monde.
    J’écris également un livre sur les relations toxiques avec ma co-autrice Nantcy Leone, et je lance mon entreprise Mad In Frantz Prod, dont je suis le directeur artistique. L’objectif :
    Mettre en relation et rassembler les professionnels du jeu et de l’image et accompagner les jeunes talents, acteurs et actrices de demain à oser, à se révéler, à réaliser leurs rêves, comme je l’ai fait.
    Je poursuis aussi mes actions de sensibilisation, en lien avec les institutions et les
    associations, notamment sur la question des enfants placés. Et bien évidemment, je
    continue à créer, à jouer, à écrire, à porter la voix de ceux qu’on n’entend pas. Je veux être un phare pour ceux qui sont dans la tempête, dans le brouillard. Parce que moi aussi, j’ai marché longtemps dans l’ombre. Et s’il y a bien une chose que la vie m’a apprise, c’est qu’après la pluie vient toujours le beau temps. J’ai compris que le bonheur n’est pas une destination. Le bonheur, c’est le chemin. Il est dans chaque pas qu’on fait, même sous les orages.

    Le suivre sur Insta , sur facebook et Frantz Maillart comédien

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