
« Mentor » nous ramène à notre impuissance face à la fascination exercée par un maître à telle point que l’élève ne dort plus. Ici, il s’agit de la musique portée à son plus haut niveau de pression, devenu insupportable pour la jeune contrebassiste Lola confrontée à un enseignant impitoyable.
Un sujet important porté par un témoignage puissant : dans sa pièce « Mentor », Lara Aubert nous invite à assister, presque malgré-nous, à un drame relationnel lié à l’emprise et à la manipulation qui s’immiscent graduellement dans une relation élève-professeur.
Et si la musique n’adoucit pas forcément les moeurs, ici, elle nous aide à comprendre la psyché de Lola, le personnage principal.

En effet, la contrebasse placée au centre de la scène devient quasiment un personnage à part entière : amie fidèle, elle accompagne Lola dans ses moments de bonheur, de frustration et de rage et elle en devient aussi le fil rouge musical pour le plus grand bonheur de nos oreilles. La mise en scène de Bénédicte Budan est fluide et efficace, elle porte des acteurs talentueux -Alexis Desseaux , charismatique, en pleine maîtrise de son art dans la manipulation savante de son élève- -.
Le livret issu de l’histoire intime de Lara Aubert, ainsi que les dialogues, résonnent de manière extrêmement juste. On est littéralement projetés dans les tourments de plus en plus intenses de Lola, et on glisse vers son cauchemar lequel est d’accepter de lâcher prise et de tourner peu à peu le dos à une carrière prometteuse : elle est encouragée à se reconnecter à elle-même par son psychologue- Nicolas Biaud-Mauduit, parfait dans ce personnage- Elle lui raconte tout, comment elle subit depuis l’enfance la pression familiale ainsi que l’ambition grandissante, l’aveuglement et la maladresse de sa mère, face à sa propre détresse psychologique -Sandrine Le Berre, à la voix atypique, excellente dans cette posture maternelle-.

Le thème de l’emprise est intelligemment abordé. On suit, avec la clarté troublante que nous offre le statut de spectateur, l’évolution de la relation intime et toxique entre Lola et Philippe, son professeur de conservatoire entre obéissance, amour et passion destructrice. On découvre à quel point la confiance et l’admiration des élèves peuvent être utilisées à des fins manipulatrices.
L’autrice nous raconte une histoire qui résonne bien au-delà de vécus personnels où certaines-ains- se reconnaîtront. Avec « Mentor » s’ouvre sur une réflexion pédagogique et une conversation nécessaire : celles qui permettront de mieux protéger les jeunes fragilisés dans leurs formations d’excellence par des enseignants aux comportements abusifs. Cett epièce alerte aussi sur le rôle de la famille souvent portée par le désir de voir réussir sa progéniture à tout prix et elle invite les institutions redoubler de vigilance face à ces violences psychiques et ces abus d’autorité lesquels conduisent parfois à des drames irrémédiables.

Lara Aubert se confie avec ses propres mots :
« MENTOR, ce n’est pas seulement une pièce.
C’est une parole qui se libère.
Un regard qu’on ne détourne plus.
Un moment de théâtre nécessaire. »
Ainsi, « Mentor « nous fait vivre un moment fort de théâtre qui marque alors un large public, parlant aux jeunes, aux parents, aux éducateurs et aux directeurs d’institutions éducatives et artistiques.
Cette pièce au ressort dramatique puissant est à l’affiche tous les mardis et mercredis soirs à 19h jusqu’au 27 mai au Studio Hébertot.
Léa Quenec’hdu et Safia Bouadan
Lieu : Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles. 75017 Paris.Réservations
Distribution artistique
De Lara Aubert
Mis en scène par Bénédicte Budan
Avec Alexis Desseaux, Sandrine Le Berre, Nicolas Biaud-Mauduit et Lara Aubert
Costumes : Matiya Mitrani
Lumières : Maurizio Montobbio. Photographie de plateau : Franck Harscouët
Production : AJL Diffusion
